La Planète Bleue

Publié le par Camille Butterfly


— Grand-Père ! Grand-Père !

— Que faites-vous les enfants ?

— Raconte-nous une histoire… argh… s'il te plait Grand-Père !

Aussi déterminés qu'ils fussent, mes trois bambins croulaient sous mon livre à souvenirs tellement il était volumineux.


Je les aidai à le transporter en l'empoignant d'une main et filai m'installer dans le séjour, poursuivi par ma petite tribu qui sautillait de joie à mon accord implicite. À vrai dire, j'étais aussi enthousiaste qu'eux et jamais aucune supplication ne m'était nécessaire pour me convaincre.

Les archives sur les genoux, mes petits-enfants s'installèrent confortablement dans mes bras.

— Allons-y !

On souleva la couverture épaisse en cuir, comme on pousse une vieille porte massive de chêne centenaire pour s'étonner des trésors qu'elle dissimule.

— Ohhh ! S'exclamèrent les petites bouches.

Des formes s'échappèrent pour se matérialiser juste au-dessus des pages, suspendues dans les airs. On apercevait des étoiles, des créatures, des objets, connus ou étranges mais tous chargés d'histoire, ce qui leur dessinait un halo de douceur sur les contours. Ce spectacle était toujours aussi impressionnant, même au-delà de la énième fois.

— Laquelle voulez-vous entendre aujourd'hui ?

Piétro désigna avec son petit doigt une planète d'un bleu rêveur. Je ne fus pas très étonné de cette attirance, il était le plus sensible de mon trio.

— Oh oui, je me souviens très bien ! J'étais très jeune lors de mon passage sur la planète bleue, je ne savais pas grand-chose et pourtant je pensais tout savoir. C'était dû au brouillard qui habitait mon esprit de façon omniprésente à cette époque, je ne l'ai dissipé que bien plus tard, suite à mes nombreux périples à travers l'univers…

— Mais Grand-Père ! Parle-nous de la planète !

— Ah oui ! Elle était d'un bleu magnifique, maintenant qu'elle a grandi, elle a pris une teinte orangée, d'ailleurs vous la connaissez aussi.

— C'est l'étoile orange ?

— Oui, c'est bien elle. Avant son admission au sein de la confrérie, l'eau en était sa caractéristique dominante. De vastes océans recouvraient sa surface, des nappes souterraines sillonnaient sa structure, des rivières traversaient ses terres. Cette eau circulait sans cesse, que ce soit dans les mers, dans les airs, dans les terres. Elle effectuait ainsi tout un circuit afin de réguler la planète, nourrir et maintenir la vie, car chaque organisme vivant avait une existence dépendante de cette énergie de base. Par ailleurs, les habitants de cette planète, et moi-même à ce moment-là, avions un corps essentiellement composé d'eau. Mais un grand tumulte régnait chez ce peuple, à cause de la particularité de l'eau justement qui leur donnait une grande sensibilité.

— Bah, ils devaient tous s'aimer alors ?

— Et être de grands rêveurs !

— Pourquoi cela se passait-il mal Grand-Père ?

— À cause de leur instabilité émotionnelle. Cette fluctuation de sentiments contradictoires, intenses, excessifs parfois, souvent négatifs, qu'ils ne parvenaient pas à contrôler avait une incidence toxique directe sur leur propre corps, mais aussi sur l'eau dans son entièreté. Ainsi, l'équilibre du fluide nourrissant de la planète en était fortement perturbé, résultant malheureusement sur des catastrophes dites « naturelles ». L'eau est très réceptive.

— Alors, ils sont morts ?

— Non Piétro. Ils ont appris, et la planète a évolué vers une nouvelle manière d'être. On les appelait les humains, des êtres charmants et plein d'humour.

— Ils nous ressemblaient ?

— Non pas du tout ! On a pris une apparence similaire pour qu'ils ne soient pas déroutés car ils nous écoutent en ce moment même.

— Alors qu'ils sont à des millénaires dans le passé ?

— On n'est pourtant pas anormal !

— Oh non, simplement de nature très différente. Et les humains ont beaucoup de mal à s'ouvrir à ce qui leur est étranger, l'inconnu leur fait peur. Mais il est temps de refermer le livre du temps les enfants !

— Merci Grand-Père ! s'exclamèrent-ils en cœur.

Je me levai et rangeai mon mémoire à son emplacement, en sachant bien qu'il n'y prendrait pas la poussière longtemps avec mes trois curieux.


terre.jpg
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Publié dans Conte

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Commenter cet article
B
<br /> <br /> C'est un très beau text, si j'ai bien comprit la terre a "séché". Ce serai bien triste et j'espère que cela n'arivera pas avant longtemps :)<br /> <br /> <br /> <br />
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M
Bonsoir, j'ai découvert votre site grâce à l'annuaire de Bunny le Chti, et je fais une bien agréable rencontre dans un univers poétique plein de talent ! bravo et bonne continuation. Bien cordialement
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D
Quelle jolie hisroire pleine de poésie et de sensibilité elle me touche d'autant plus qu'elle part de récit à des petits enfants ,un peu ma démarche ,mais je n'écris pas de façon aussi ...somptueuse.
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C
<br /> Merci beaucoup Mamyrose (^_^)<br /> <br /> <br />
N
Ravie d'avoir découvert ton site, je reviendrai! nicole
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C
Merci ! à bientôt :0073:
E
Une très jolie histoire pleine de douceur et agréablement optimiste.Merci pour ce petit moment de délice.;)ps : bienvenue "au fil des mots"
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C
Oui ça fait du bien des fois ;-)à bientôt au fil des mots...