Episode 14 : là est la quête !
— Mais alors si je comprends bien, ton épreuve de maturation est une initiation tribale !
— Quoi ?
— Oui, à l'identique des rites de passage au monde adulte chez certains primitifs ! Tu dois franchir des portes temporelles grâce à tes capacités, et c'est ce qui conditionne ton retour à ta civilisation d'origine… oui oui je vois… comment t'appelles-tu petit ?
— Euh… Thomas.
— Tu vis une expérience des plus formidables ! Une chance inouïe !
Je me demande s'il m'a réellement écouté ou s'il n'a gobé que quelques mots durant sa danse macabre de chasse aux cafards, parce que pour adhérer à mon histoire insensée, il faut vraiment être timbré.
— Vous me croyez alors ?
— On peut se tutoyer, tu sais petit. Bien sûr ! Ton affaire est extraordinaire mais j'en ai vue d'autres. Quand on est médium, il faut être large d'esprit car la réalité n'a pas de limites dans ses manifestations, seules les perceptions restreignent ce qui est.
Tellement large d'esprit qu'il m'effraie tout de même, ou bien c'est l'idée du "sans limites" qui me perturbe. Il se verse un autre café et finit de me remplir ma tasse à ras bord sans me demander mon approbation. Elle est tellement pleine que les mouvements de ma respiration font tanguer le liquide dangereusement d'un bord à l'autre. De peur d'en renverser et d'attirer l'attention lorsque je m'en débarrasserai, j'en bois une grosse goulée à contrecœur.
— Je n'aurais pas pensé qu'il soit nécessaire d'avoir recours à ces procédés anciens mais à y réfléchir de plus près, cela m'apparaît tout à fait logique ! La nature est un environnement changeant, qui exerce sur l'homme des influences auxquelles il doit s'adapter pour survivre. Dans une centaine d'années, les maîtrises de l'homme seront telles qu'elles le mettront à l'abri de tout ce qui pourrait le mettre en péril. Il sera en mesure de se protéger des dangers naturels, de vaincre les maladies, de palier les handicaps héréditaires, de contrôler les pulsions d'autodestruction ou de violence à l'égard d'autrui… oui oui… les conditions d'existence n'exercent plus de régulation naturelle des vies, alors il s'avère indispensable de s'y substituer artificiellement… je vois… fascinant… ainsi par ces épreuves de maturation ils rétablissent une sélection naturelle du milieu ! Ceux qui remportent les missions sont aptes à vivre dans leur environnement, les autres en sont exclus… fascinant de maîtrise… Mais qui régit ces épreuves ?
Effaré par ses propos, je lui signale en bafouillant que je n'en sais rien. J'en ai oublié de vider mon café, pourtant l'occasion était propice durant son soliloque. A croire que tous les individus ne parlent toujours qu'avec eux-mêmes !
— Ce ne peut être qu'un ordinateur surpuissant, capable de calculer les possibilités les plus adéquates parmi des milliards pour mettre en jeu les compétences requises selon les caractéristiques de chacun au moment importun… fascinant… Ainsi, ta civilisation nécessite d'être immortel pour être apte à y vivre ?
— Euh… j'en sais rien. Mais je ne crois pas que vos déductions soient tout à fait correctes, nos connaissances sont peut-être plus poussées mais elles ne nous permettent pas l'ascendant sur la vie, elle reste un mystère qui échappe au contrôle de l'homme. En fait, nous en sommes venus à l'acceptation que nous étions le produit de la nature, et que chercher à devenir la cause toute puissante, les maîtres du monde et de toutes vies qui y règnent, avait conduit les civilisations passées à leur catastrophe.
Je constate à son air complètement absent qu'il ne m'écoute absolument pas. Subrepticement, je vide mon café dans l'évier, mais il se tourne vers moi, pile à ce moment. Je deviens aussitôt tout rouge. Heureusement, son regard fixe est absorbé par ses pensées, il n'a rien vu. Faudrait maintenant que je m'éloigne parce que la tache brune qui s'étale sur le fond blanc de l'émail n'est pas très discrète.
— Ou peut-être est-ce une exigence de ton époque ? Oui… oui… pourquoi pas ! Cela serait l'évolution logique de l'avenir de l'homme, la quête primordiale depuis la nuit des temps… l'immortalité ! Mais bien entendu, je sais !!!
Il se jette sur moi et m'attrape par les épaules. Ma tasse, bousculée par son geste, tombe dans le lavabo. Sur ce coup là, le hasard a bien fait les choses et m'a tiré d'une situation bien déplaisante. Mon problème de café est résolu ! Toutefois, je ferais bien de filer au plus vite, avant qu'il ne m'en serve un autre.
— Tu auras la solution à ton énigme en suivant ton ancêtre !
— D'accord, d'accord Monsieur Claudek, mais là je dois partir…
— Balsamo ! Là est ta quête !
J'acquiesce et prends la porte rapidement, le laissant seul avec ses ordinateurs et ses cafards.
Suite au prochain épisode...
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