Le silence des coquillages
Ce matin je me suis enfui.
J'ai éclaté l'atmosphère de la lassitude. Au pays de l'immensité je suis parti.
Là, sur le bord de la plage happé par le vide, j'ai goûté l'harmonie.
Dans les airs, j'étais le sable, la mer, le vent, le soleil.
Figé dans l'infini, j'ai connu la Création.
De naissances en morts, j'ai vécu les tempêtes, la joie et l'ennui. J'ai buté sur la destinée indomptable, emporté par le tourbillon de l'existence, désorienté par les désirs. L'esprit somnolant entre les pensées.
Vie attachée à contresens, pour enfin trouver l'indescriptible.
Ce vaste océan de néant d'où émane continuellement la mélodie porteuse de vie, comme des notes jouant le jeu de se marier en accord parfait, et rythmant joyeusement les éléments, si doucement qu'on croirait la chose facile.
Tant de simplicité pour tant de beauté. Le Miracle s'accomplit.
À mes oreilles sourdes je prie qu'elles soient, à mes yeux aveugles j'implore qu'ils s'ouvrent, pour à tout jamais être empli du spectacle de l'univers.
Mais déjà le ciel s'assombrit. J'entends mon corps frémir, la tension se fait, vais-je le supporter ?
L'espace se rétracte en son centre, c'est fini.
Point invisible soutenant pourtant le monde, qui m'échappe encore.
Porte, quand t'ouvriras-tu ? Quel est le secret pour demeurer ?
Sur la plage je suis maintenant l'intrus. Le sable, la mer, le vent et le soleil me regardent.
Tour à tour amis et ennemis pour mon être, je me heurte à leur nature.
Ce mystère qui me contient.
Je pleure abandonné comme ce coquillage à mes pieds, rejeté par l'océan après avoir grandi en son sein et connu sa profondeur. Maintenant délaissé de tous sans intérêt.
Je le prends dans mes mains tendrement. Soudain, le vent s'emballe dans ses rondeurs. Une douce mélodie s'évade de son être puis disparaît.
Quelques secondes de merveille m'ont suffit à reconnaître ce son inoubliable, créateur de toutes vies. Mon espoir, ma quête, ma raison de vivre, la clé des mystères. Il était là entre mes mains simplement.
Je colle mon oreille. Des profondeurs du coquillage j'entends maintenant la mer.
Forme vide contenant le tout. À travers son silence exulte l'immensité qui lui a donné vie.
Une vague me chatouille les pieds, la mer me sourit, heureuse de m'avoir offert son petit trésor.
Je le porte à mes lèvres et souffle timidement dans sa cavité. Des millions d'étincelles s'en échappent pour s'envoler de par le ciel illuminant le monde.
J'avais enfin trouvé le secret attendant patiemment d'être exprimé…
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