L'Enfant-Lune / Page 2

Publié le par Camille Butterfly


Je me réveille endolorie sur des pavés durs, avec des grains de sable collés sur la figure, d’autres enfouis dans la peau des mains, ça pique. Mauvais présage !

Je lève le regard, une place gigantesque et grouillante s’offre à moi sur tous les horizons. Un cracheur de feu complètement allumé impressionne la foule. Un manège de chevaux de bois enlace les enfants dans sa musique et ses tourbillons. Un clown jongle avec le rire. L’horloge d’une église bat le rythme du temps. Le soleil est au zénith.

— Aïe !

Un caillou vient me frapper l’œil. Des rires fusent derrière moi, je me retourne et aperçois un aveugle hilare. Un sale gosse, ravi de ne pas pouvoir être vu, lui balance des pierres. Ils rient tous les deux. Situation insolite !

Je m’approche du môme, qui tout d’un coup, se sentant en danger, se met à crier « papa, papa » sans que personne réponde à ses appels. Abandonné, il sanglote et disparaît dans le mouvement de cette foule d’inconnus.

— Je suis désolé pour le projectile, il m’était destiné.

L’aveugle s’adresse à moi, mais je n’écoute même pas. Je le regarde là, planté devant moi, ce grand bonhomme aux cheveux gris tailladés par le vent, sa peau déchiquetée par le temps, sa vue infirme cachée derrière ses grosses lunettes noires.

Un coup violent de sa canne me remet en place.

— Tu m’écoutes ?

— Hein ?

Je serre mon bras douloureux du choc, mais suis surtout effrayée. Lui un aveugle ? Plutôt un imposteur ! Il baisse ses lunettes et me dévoile ses yeux blancs d’un autre monde. Il a lu dans mes pensées ? C’est impossible une chose pareille ! Il semble franchement amusé par ma réflexion.

— Ne te fie pas seulement à ce que tu crois possible ou tu vas tomber de haut.

Son rire se fait éclatant. Puis il relève le nez vers le ciel, comme s'il humait une empreinte spécifique dans une autre sphère.

— Te voilà parmi nous maintenant…

Il marque une pause. Je suis muette, hors du temps, hypnotisée face à lui. Il continue me fixant à nouveau :

— Laisse-toi guider par ton cœur et le chemin te sera facile.

Il rit gentiment de cette douceur qui change une âme. Mes larmes s'échappent sans un bruit de mes yeux désespérés. Je me tourne vers le ciel pour chercher la présence de ma mère, mais elle n’est pas là, non, elle m’a reniée, rejetée dans ce monde où je suis une étrangère destinée à la dérive. Je m'effondre à genoux et m’accroche à lui.

— Je dois retourner chez moi, je ne suis pas d'ici, je ne peux pas rester là…

L'aveugle reste imperturbable.

— Mais j'ai ouï-dire qu'une rencontre te permettra de comprendre la clé.

— Une rencontre ? Qui ?

— Un homme. Mais ne passe pas à côté et… fais attention, la vie ça pique !

Je m’agrippe de toutes mes forces à son pantalon, paniquée.

— Mais la clé de quoi ?

— Celle qui ouvre la porte sur ce nouveau monde ! Dit-il sourcillant d'une telle évidence.

Puis, me repousse de sa canne pour se dégager.

— Ne partez pas ! Ne me laissez pas là toute seule !

Il s'éloigne indifférent. Je ne suis déjà plus qu'un souvenir pour lui.
Une douleur atroce m’envahit, comme si une main de fer me perforait la poitrine pour m’extirper le cœur à vif encore brûlant et rempli de convulsions pour s’évader de cette paume impassible. Mon corps ne le supporte pas. Il succombe au supplice.



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Publié dans Nouvelle 1

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B
Pas mal comme histoire mais je dois te dire que tous les aveugles ne sont pas comme ça. Je le sais, je suis moi même aveugle. Mais seulement depuis deux ans.Je cherche à me faire des ami(e)s alors si tu veux on peut parler ... C'est vrai, je n'ai que dix sept ans mais je parle bien plus souvent avec des personnes plus agées de toute façon. Pas mal ton blog !Peut être à bientot Cécé
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C
Oui c'est un aveugle particulier... on le dit imaginaire malgré une présence visible :-)
A
Je préfère cette seconde partie.<br /> De très beaux passages...et je ne peux m'empêcher de recopier l'un d'eux:<br /> "Un cracheur de feu complètement allumé impressionne la foule, un manège de chevaux de bois enlace les enfants dans sa musique et ses tourbillons. Le soleil est au zénith. Un clown jongle avec le rire. L’horloge d’une église bat le rythme du temps "
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C
Merci pour les différents commentaires qu'on me laisse par-ci par-là. C'est toujours encourageant.J'ai pris un peu de retard dans les chapitres qui suivent mais je m'y remets dès que possible ... à suivre ! ;-)