L'Enfant-Lune / Page 5

Publié le par Camille Butterfly


J’erre dans la nuit au gré du vent poussée par la mélancolie.
Ma quête s'annonce difficile au vu de mes premières expériences avec le genre humain, voire même impensable à bien y réfléchir. Comment pourrais-je trouver l'être adéquat dans cette infinité ?
Mon histoire est complètement impossible ! Qu’est-ce qu’il m’arrive ? J’ai dû me provoquer une fêlure irréversible en me cognant, et depuis, je m'imagine être un Pierrot tombé de la Lune… pourtant, c’est tellement vrai.

Je m’arrête devant une affiche accrochée sur la façade d’un théâtre. Pourquoi ? Je ne sais pas ! Il y a des choses comme ça qui s'imposent d'elles-mêmes.

Je dois être gagnée par la folie, il n'y a pas d'autre explication. Et l’aveugle et ses bizarreries ? Je ne l’ai pas inventé ! Il serait vraiment surprenant de tomber sur un autre fou. Et qui, de surcroît, divaguerait de façon étrangement juste sur mon cas. Non, c'est une coïncidence, c’est un psychiatre qu’il me faut !

L’affiche se tient toujours devant moi. Je regarde l’acteur qui est dessus. Il me regarde aussi, fixement, comme pour sonder mon âme, mais ses yeux bleus me rassurent. J’ai l’impression qu’il m’écoute. Voilà que je parle à une photo, je prends peur de moi-même et me sauve sans me retourner.

Une larme de tristesse m’envahit. Peut-être que je ne repartirai jamais, on m’a jetée là, je dois voir la réalité en face, et l’accepter parce que de toute façon je n’ai pas le choix. Peut-être que ma présence n’est pas innocente, mais dans ce cas-là, qu’elle en est la raison ?
Je n'en ai aucune idée. Je crois que je devrais passer outre et faire avec. Après tout, pourquoi s'en inquiéter ? Maintenant que je suis là, je n’ai qu’à traverser la vie comme un navire sans gouvernail.
Ouais c’est ça, et je vais chavirer continuellement jusqu’à ce qu’une forte bourrasque m’engloutisse au fin fond de la mer où je finirai noyée. Si j’ai de la chance, je ne rencontrerai que de petites intempéries qui me feront échouer sur une banquise où des matelots me repêcheront.
Non ! Non ! Je ne dois pas attendre la chance, ni personne, ne compter sur personne. Je dois prendre les rênes en main et décider de ma route. C’est ça. Je n’ai besoin de personne. Pourquoi écouterai-je un vieillard extravagant et courir après une histoire impossible ? Dois-je vivre pour l'impossible ? Je dois vivre simplement. Soudain, je suis détournée de mes réflexions par quelque chose.
Je me retourne effrayée, une présence se trouve près de moi, je me cache derrière une grosse poubelle, je guette. Rien. La paranoïa m'attaque. Après une longue hésitation, je repars, pas rassurée. Au coin de la rue je tombe nez à nez avec…

— Aaaaaah !

Mon cri transperce le silence et va résonner sur les tombes d’un vieux cimetière.
L’acteur de théâtre ! Il me fixe, ne dit rien.

C’est une affiche, encore la même, scotchée sur une vitrine. J’ai la frousse, je sens quelque chose, comme s’il me poursuivait. Je me raisonne et suis ma route.

Des bruits sur les pavés me font tressauter, et ailleurs, plus loin, des frottements dans l’air. Je n’ose plus respirer. Une vague de vent me passe près des oreilles. Il est là. Il hante mon esprit. Et si un sortilège s’était produit ?

Il faut que j'aille vérifier, de toute façon je ne peux pas fuir, aucun refuge ne m'attend. Je retourne sur mes pas.



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Publié dans Nouvelle 1

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