Roman - Page 9
Je crois que leur thérapie est un véritable échec. J’essaie la plupart du temps de dormir sans parvenir à mes fins. Tout m’abandonne, la volonté, les désirs, l’appétit, même la mémoire me quitte, à ce qu’il paraît c’est dû aux électrochocs, un effet secondaire gênant, moi ça ne me gêne pas, je n’ai jamais supporté mon passé, même les moments heureux, c’est bizarre, comme si j’avais honte de tout ce que j’ai été, comme si je n’avais pas le droit d’être ce que je suis, et mon soi-disant double, il est passé où celui-là ? Toujours avec moi, encore un menteur hypocrite, pas un signe, rien, rien, rien ! Je n’existe plus pour personne, rien, rien, rien, rien !
— Téléphone.
La musicienne venait de prononcer un mot pour la première fois.
— Quoi ?
Elle avait replongé dans son monde, j’interroge la vieille du regard, qui, prise de panique s’enfuit de la chambre.
— Tu as dit quelque chose ? Eh ! tu m’entends ?
Elle m’ignore. Je laisse tomber, pourquoi écouter une cinglée, il n’y a qu’eux qui se comprennent.
— Téléphone.
Elle recommence, je tente le dialogue.
— Tu veux téléphoner ?
— Non, noon, nooon, noooon.
Elle se tire les cheveux, je m’enfouis sous les draps, je n’avais pas envie d’assister encore à une de ses crises. Une infirmière entre sans raison, elles ne viennent jamais à cette heure-ci ! Ah oui, probablement notre colocataire qui a lancé l’alerte.
— Pour toi.
Je sors la tête intriguée.
— Téléphone pour moi ?
— Ne dites pas de bêtises Amélie !
L’infirmière intervient pour la faire taire alors qu’elle aurait dû être heureuse de l’entendre enfin parler. Je ne comprends rien.
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